Quelques anarchistes d’ici et de là
Quelques banalités de base
Approfondir des idées afin qu’elles aident à développer ses propres convictions, étudier et évaluer des expériences de lutte afin de trouver des points d’appui pour orienter ses propres combats, échanger et discuter sur des perspectives subversives afin d’affiner ses propres analyses et ses propres choix de lutte : tout cela fait incontestablement partie des chemins proposés par un mouvement anarchiste informel qui se tient loin des programmes pré-établis, qui rejette les mécanismes de la délégation et qui refuse d’être à la remorque de quelques pontifes de la pensée et de la stratégie.
Par contre, pour que de tels espaces informels puissent exister, le rejet virulent de toute instrumentalisation, de toute récupération et de toute logique de représentation ne peut pas être considéré comme un simple annexe, comme une carte qu’on peut jouer de temps en temps en fonction des circonstances. Non, ce rejet doit être permanent et ne peut pas faire des exceptions stratégiques. Dans le cas contraire, parler d’espaces informels d’approfondissement et d’échange perdrait tout son sens. Ils deviennent alors faux et se transforment en étangs fertiles où peut venir à la pêche n’importe quel politicien à la recherche de main d’œuvre, n’importe quelle personne en quête de reconnaissance, n’importe quel camarade tacticien qui veut se redorer le blason.
Nous ne savons pas qui organise la rencontre autour des luttes contre la prison ce soir à Gênes, dans la Pellicceria Occupata. Et si, à ce point en tout cas, on ne va pas remettre en cause les bonnes intentions derrière cette démarche, nous nous devons par contre de soulever quelques questions. « Avec la présence de compagnons impliqués depuis des années dans les luttes contre la prison en Belgique » est-il écrit sur la présentation du débat. Sauf que, aucun « compagnon impliqué depuis des années » n’a été contacté par les organisateurs et ne sera donc présent. L’affiche de l’initiative reprend aussi la couverture du livre « Brique par brique » qui revient sur les longues années de révoltes dans les prisons et des initiatives anti-autoritaires à l’extérieur des murs en Belgique. Sauf que, aucun compagnon ayant participé à ce livre n’a été contacté par les organisateurs.
S’il ne s’agit pas du tout d’établir qui serait en « droit » de parler des idées, des perspectives de lutte voire de discuter sur des expériences d’autrui et d’ailleurs – nous sommes des ennemis de toute propriété – il est pourtant inacceptable que de tels discussions se fassent sous des faux prétextes. Si celui ou ceux qui vont parler ce soir à Gênes se présentent en tant que « compagnons impliques depuis des années dans les luttes » contre la prison en Belgique, cela n’est tout simplement pas vrai et ne peut donc constituer un bon point de départ pour des échanges entre compagnons.
Les luttes que nous avons menées et la lutte spécifique que nous menons actuellement contre la construction d’une maxi-prison à Bruxelles se sont toujours caractérisés par la volonté de refuser toute délégation, toute représentation politique, toute marchandisation. Si ces parcours inspirent d’autres compagnons, ici ou ailleurs, cela démontre qu’il reste toujours possible que des compagnons recherchent plutôt l’autonomie dans la lutte, la conflictualité permanente avec tous les partis, tous les politiciens et toutes les institutions, l’action directe comme meilleur instrument de combat contre le pouvoir, que de suivre les recommandations stratégiques d’un quelconque leader, de s’adapter à des façons de faire et des objectifs qui ne sont pas les nôtres, d’accepter des attitudes ou des présences d’éléments insupportables tels que des infâmes, des balances, des dissociés, des politicards, des vaniteux à la recherche de crédit et d’admiration.
La démarche de l’initiative à Gênes ne nous poserait aucun problème si elle est animée par ces mêmes exigences, mais on ne saurait supporter qu’elle participe – volontaire ou moins – à décrédibiliser des parcours de lutte et d’approfondissement d’idées. Car, comme on le disait au début, un vrai dialogue entre anarchistes, entre révoltés, ne peut naître d’un faux point de départ. Un faux point de départ ne peut que contribuer à enlever la cohérence qui est recherchée par les compagnons qui ont animé et animes ces luttes dont il sera question ce soir à Gênes.
Ce que nous essayons de porter en avant, c’est la recherche d’affinités afin d’approfondir le projet insurrectionnel, de complicités au-delà des frontières, des révoltés avec qui partager des combats sur base d’une méthodologie d’auto-organisation, d’attaque et de conflictualité permanente. La récupération, on la combat au même titre que le parasitisme. Nous espérons que ces quelques lignes permettent aux compagnons d’ici et d’ailleurs de prendre connaissance de ce problème et d’ouvrir des possibilités d’échange et de rencontre qui ne partent pas de faux présupposés.
16 juin 2015